Vol. 5 · 2025p. 181–193
Européenne · Article comparatif
Idéologies linguistiques et Sprachkritik dans une perspective européenne
Les discussions et discours idéologico-linguistiques sont liés, dans les langues traitées ici (à savoir l’allemand, l’anglais, le français, l’italien et le croate), à des représentations de l’identité socio-culturelle. En premier lieu s’est posée et se pose encore le plus souvent la question de la représentation adéquate de cette identité à travers la langue pour des penseurs qui portent une réflexion métacommunicative sur la langue, pour des communautés ou des institutions linguistiques. Dans le cinquième volume de notre manuel, nous relions le concept des idéologies linguistiques à celui de la Sprachkritik pour mieux saisir les pratiques textuelles et conversationnelles de Sprachkritik, c’est-à-dire des réflexions linguistiques, ainsi que les dimensions cognitives, attitudinales qui les accompagnent, qui se rapportent aux mentalités et qui sont le propre de collectifs de locuteurs et de scripteurs marqués socio-culturellement. La thèse du présent volume est que les formes de la Sprachkritik entretiennent une relation d’échanges permanents avec les idéologies linguistiques. Dans l’article comparatif, nous mettons en exergue les points communs et les différences entre les deux et inscrivons notre étude dans les domaines suivants, pertinents pour l’idéologie linguistique : l’établissement de langues nationales et vulgaires, qui touche entre autre à la diversité linguistique et aux questions de prestige qui en résultent, le soin porté à la langue, le purisme linguistique, les penseurs de la langue, les cercles savants, les académies linguistiques et autres autorités (dictionnaires, grammaires) tout comme les formes de la critique sociale.
Texte intégral chez heiUP ↗ doi:10.17885/heiup.heso.2025.5.25222
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Gvozdanović, Jadranka / Jacob, Katharina / Münch, Vanessa / Chibret, Paul (2025): Idéologies linguistiques et Sprachkritik dans une perspective européenne. In: Handbuch Europäische Sprachkritik Online (HESO), vol. 5, p. 181–193. DOI: 10.17885/heiup.heso.2025.5.25222
Articles par langue
Vol. 5 · 2025p. 247–259
Par langue · Allemand
Idéologies linguistiques et Sprachkritik en allemand
Texte intégral chez heiUP ↗ doi:10.17885/heiup.heso.2025.5.25226
Résumé
Seront présentés dans cet article des idéologies linguistiques qui sont éminemment représentées dans la germanistique et qui sont en lien avec des formes de Sprachkritik. Ces idéologies linguistiques sont étroitement liées aux étapes décisives de la standardisation de l’allemand, aux réflexions portant sur la diversité linguistique et, a fortiori, sur les questions de prestige ; ces idéologies sont liées à la formation d’une langue nationale et à la tension entre rôles de ‹ profanes › et rôles d’experts qui aboutit au 21e siècle à une scientifisation toujours plus grande du discours et qui anime un débat toujours plus large, cherchant à déterminer si la langue est ou doit être idéologique, contrainte ou exempte de toute idéologie. Les représentations que l’on se fait de la langue s’avèrent être des condensés d’idéologie linguistique ancrée socialement et culturellement qui remodèlent des concepts solidement installés portant sur la langue. Ces représentations linguistiques se présentent dans la germanistique comme des prises historico-linguistique typiques pour étudier les idéologies linguistiques. Cet article illustre ainsi ponctuellement la fonction des représentations linguistiques en prenant appui sur la représentation linguistique de la plante qui se révèle être un modèle relativement constant depuis le 17e siècle jusqu’à aujourd’hui. Lire et télécharge r
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Jacob, Katharina / Münch, Vanessa / Scharloth, Joachim / Chibret, Paul (2025): Idéologies linguistiques et Sprachkritik en allemand. In: Handbuch Europäische Sprachkritik Online (HESO), vol. 5, p. 247–259. DOI: 10.17885/heiup.heso.2025.5.25226
Vol. 5 · 2025p. 319–335
Par langue · Anglais
Idéologies linguistiques et Sprachkritik en anglais
Texte intégral chez heiUP ↗ doi:10.17885/heiup.heso.2025.5.25231
Résumé
L’idéologie linguistique renvoie à une série de représentations et de convictions sur les emplois de la langue ainsi qu’aux locuteurs et à leurs pratiques discursives dans une communauté linguistique. Cette idéologie implique qu’une langue et ses normes standardisées soient consistantes, dans une certaine mesure, et que chaque écart par rapport à ces normes puisse être vu comme ‹ moins que l’idéal › (cf. l’article sur les fondements théoriques dans ce volume). Cet article offre un aperçu de la manière dont l’emploi ‹ idéal › de la langue anglaise s’est modifié avec le temps et quelle influence ont eue les différents événements socio- culturels sur cette évolution au cours de l’histoire ; cette étude mettra l’accent sur la prononciation. Il apportera une explication à la manière dont le concept presque imaginaire de standard parlé est apparu dans l’histoire de l’an glais (britannique). Un standard parlé, qui fut désigné par le terme de Received Pronunciation (RP), constitua un modèle qui était influencé par la classe sociale, la géographie et le niveau d’étude. La dominance de la RP se renforça encore lorsqu’elle fut reprise en 1922 par l’entreprise de ra dio de la British Broadcasting Corporation (BBC) et renommée BBC-English. Cette entreprise avait pour objectif d’employer une langue neutre qui serait aisément compréhensible par un large public. Des faits tels que l’évolution des classes sociales, l’hégémonie des langues tout comme les progrès technologiques ont contribué à ce que toujours plus de variétés de l’anglais furent acceptées et que les préjugés dépréciatifs vis-à-vis d’ac cents et de dialectes moins connus ou d’un emploi linguistique déviant du standard furent déconstruits, en particulier dans le Royaume-Uni actuel et les Etats-Unis d’Amérique.
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Dumrukcic, Nina / Du Bois, Sophie / Busse, Beatrix / Chibret, Paul (2025): Idéologies linguistiques et Sprachkritik en anglais. In: Handbuch Europäische Sprachkritik Online (HESO), vol. 5, p. 319–335. DOI: 10.17885/heiup.heso.2025.5.25231
Vol. 5 · 2025p. 399–412
Par langue · Français
Idéologies linguistiques et Sprachkritik en français
Texte intégral chez heiUP ↗ doi:10.17885/heiup.heso.2025.5.25236
Résumé
En France, le concept d’idéologie linguistique est le plus souvent connoté négativement. L’une des plus importantes querelles idéologico-linguistiques, qui attire l’attention dans l’opinion publique française, concerne la question du standard linguistique. Il n’est pas rare que ce débat mène à dévaloriser d’autres langues ou d’autres variétés linguistiques du français (que l’on désigne souvent par la notion peu spécifique de patois). A part le standard, les aspects qui se dégagent des discussions et des discours d’idéologie linguistique sont ceux qui s’ancrent dans l’imaginaire de nombreux locuteurs, à savoir par exemple la représentation que l’on se fait de la clarté de la langue française. Mais c’est aussi le rejet d’emprunts lexicaux dans le contexte du purisme linguistique hostile aux lexèmes non-natifs, aux anglicismes tout particulièrement, qui fait l’objet de discussions d’idéologie linguistique auxquelles prend part aussi, dans une certaine mesure, l’Académie française, jusqu’à aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est le débat autour de l’écriture inclusive qui est mené dans ce cadre et qui est concerné par de l’idéologie linguistique. Dans l’évaluation, ou plutôt le rejet de l’écriture inclusive, les arguments de la confusion, de l’illisibilité ou de la difficulté de prononciation jouent un rôle conforme à une idéologie linguistique. Dans une foule de débats dominés par des idéologies linguistiques, c’est une décision de l’Académie française qui est attendue, en dernière instance, pour faire autorité.
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Große, Sybille / Chibret, Paul (2025): Idéologies linguistiques et Sprachkritik en français. In: Handbuch Europäische Sprachkritik Online (HESO), vol. 5, p. 399–412. DOI: 10.17885/heiup.heso.2025.5.25236
Vol. 5 · 2025p. 465–475
Par langue · Italien
Idéologies linguistiques et Sprachkritik en italien
Texte intégral chez heiUP ↗ doi:10.17885/heiup.heso.2025.5.25241
Résumé
Aujourd’hui, dans la République italienne, aux côtés de l’italien comme langue administrative coexistent au niveau local le français, l’alle mand, le ladin et le slovène et partagent un statut officiel. Ce sont, au total, douze langues minoritaires qui jouissent d’un statut spécifique. De puis la fin du Moyen-Age s’est ancré le sentiment selon lequel les langues naturelles se manifestent sous la forme de diverses variétés. Le fait que les différents dialects furent progressivement supplantés par le floren tin s’est accompagné tantôt d’approbations tantôt de désapprobations. Celles-ci correspondent à deux mouvements complémentaires. Pendant que l’un est dévoué à l’unilinguisme et bâtit une ligne de défenses d’abord fondée sur des arguments littéraires et esthétiques puis, plus tard, idéolo giques et politiques, l’autre tend vers le pluralisme linguistique. Les négo ciations menées dans le contexte de la diversité linguistique expriment et représentent des idéologies linguistiques dont certains exemples feront, ici, l’objet de développements détaillés. Ces négociations sont, en cela, comparables aux glottonymes apparaissant au fil des siècles et rentrant en concurrence les uns avec les autres, aux désignations des minorités lin guistiques, aux positionnements vis-à-vis de l’influence anglo-américaine ou bien encore aux discussions portant sur les modifications normatives en lien avec le political correctness (‹ politiquement correct ›).
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Lobin, Antje / Chibret, Paul (2025): Idéologies linguistiques et Sprachkritik en italien. In: Handbuch Europäische Sprachkritik Online (HESO), vol. 5, p. 465–475. DOI: 10.17885/heiup.heso.2025.5.25241
Vol. 5 · 2025p. 529–544
Par langue · Croate
Idéologies linguistiques et Sprachkritik en croate
Texte intégral chez heiUP ↗ doi:10.17885/heiup.heso.2025.5.25246
Résumé
Toutes les évolutions récentes du croates étaient marquées idéologiquement au niveau macrolinguistique. Au 16e siècle, époque de la Renaissance, les variétés linguistiques régionales des Dalmates furent élevées, conformément à l’idéologie de la Renaissance, au niveau de la langue littéraire et rendues équivalentes à d’autres langues standards. Toute la palette de variétés linguistiques fut pris en charge par la nouvel le langue littéraire, dont elles étaient différenciées par un emploi stylis tique particulier. S’ajoute à cela une langue littéraire issue d’un dialecte kaïkavien, développée depuis le 16e siècle dans le nord-ouest de la Cro atie, qui prit le dessus, au fil des siècles, sur les autres dialectes mais qui, à la fin du 19e siècle, resta en dehors de la norme standard choisie, ce qui réduisit sa visibilité par la suite. Sur la côte adriatique apparut au 16e siècle une langue littéraire, variante dialectale du tchakavien. Il en fut tout autrement au 17e siècle, quand le tchakavien et le chtokavi en furent admis comme constituants d’une seule langue et comme por teurs de la même identité suprarégionale, comme le furent aussi plus tard les dialectes kaïkaviens et leurs formes extérieures. Depuis, se sont développées des aspirations à unifier les dialectes tchakaviens et chto kaviens pour aboutir à une lange hybride des écrivains (issue du fameux cercle d’Ozalj), qui se situe à la frontière du kaïkavien, du tchakavien et du chtokavien, à l’ouest du pays. L’idée d’un patrimoine lexical commun mena à concevoir des dictionnaires intégratifs et à trouver des solutions grammaticales partiellement hybrides. De plus, au 17e siècle, la langue fut normée, sous l’impulsion romaine, pour servir les besoins de la Con tre-Réforme catholique. Cette norme orientée vers un but n’était pas directement inclusive ; il s’agissait d’une norme linguistique abstraite, reconstruite à partir de l’histoire et de la littérature et qui admettait les variétés linguistiques comme des possibilités d’implémentation à valeur égale. Cette norme fut mise en place pour traduire des textes bibliques et contribua à fonder et à consolider une identité. Au début du 19e sièc le, se greffa là-dessus l’idéologie politique et culturelle de la langue natio nale. Dès lors, cette norme linguistique n’était plus abstraite mais ancrée dans une histoire culturelle et dans l’idéal politique de l’Etat national. Au 20e siècle, la langue commune des Croates et des Serbes, dont la norme fut partiellement imposée par la force (et qui excluait les Bosniaques, les Herzégoviniens et les Monténégrins), servit l’idéologie politique de l’Etat plurinational qui apparut à l’issue de la Première Guerre Mondiale et se pérennisa après la Seconde, avec le communisme jusqu’en 1991. Depuis la fin des années 60, des processus de normalisation unilingues reprennent vie, en particulier en Croatie, et trouvent leur place dans l’idéologie lingu istique nationale qui mena à la chute de l’état plurinational de Yougoslavie. L’idéologie linguistique post-yougoslave revient aux racines linguistiques attestées historiquement et complète le processus de construction d’une identité, freiné au cours de l’histoire, par une distinction des variétés lin guistiques concurrentes.
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Gvozdanović, Jadranka / Chibret, Paul (2025): Idéologies linguistiques et Sprachkritik en croate. In: Handbuch Europäische Sprachkritik Online (HESO), vol. 5, p. 529–544. DOI: 10.17885/heiup.heso.2025.5.25246
